L'Afrique a tellement coulé des larmes que surement certaines de nos épouses, soeurs ou amies et même mères ont fini par se dire:
<<pourquoi toujours nous apitoyer sur notre sort pour rien? pourquoi couler des larmes pour nous-mêmes alors que nous pouvons le faire pour les autres? Pourquoi pleurer pour ne rien obtenir?>>
Ce sont des femmes dont on loue les services pour ''soutenir en larmes '' des familles éplorées lors de certains cérémonies funéraires ici en cote d'Ivoire.
des femmes louées pour donner un caractère beaucoup plus triste à la cérémonie. Et moyennant rémunération biensûr.
Ces femmes là sont appelées les pleureuses.
Le jour des veillées funebres, foulards sur la tête ou cheveux mal peignés mis en évidence, vêtues de tenues taillées pour la circonstance et dans des tissus rouge et noirs ou tout simplement noirs, elles courent à petites foulées, en s'approchant tout doucement du lieu de leur future mise en scène: Corps en forme, formes de mortier, mortiers de chair qui vibrent aux sons de ses chants et pleurs tandis que leurs pieds nus de pilons affrontent le goudron à outrance.
<< que se passe t-il, ou vont-elles? qui est décédé?>> se demandent les passants.
premier objectif atteint: elles ont réussi à attirer l'attention.
Sur les lieux de la cérémonie, elles arrivent. elles élèvent la voix et font plusieurs fois le tour de la place.
A la tombée de la nuit, le corps du defunt est soigneusement disposé sur un lit. Elle prennent place tout autour du corps et à même le sol, tandis que amis et sympathisants de la famille du defunt prennent place dans des chaises bien disposées les unes auprès des autres.
Elles crient et pleurent en se trainant par terre.
Une d'entre elles tombe en trance: pieds, hanches et poitrine vibrent comme ceux d'une danseuse exotique du mambo.
Assurement, ses mouvements font penser à une parade nuptiale. Vite! il faut la mettre hors d'état de nuire.
Les autres accourent. On la fait coucher, on la maintient fermement au sol, on l'asperge d'eau et on la badigeonne de poudre de talc pour éloigner les esprits.
La nuit avance, il est temps de faire place à la cérémonie de prière. Les pleurs de nos dames baissent de plus en plus de volume jusqu'à disparaitre totalement avec le temps qui s'écoule:
<<héhéhéhéh. hihihihihi. huuhuhuhuhuhu. hum hum hum.>>
Quel savoir faire!!??
La cérémonie de prière terminée, place aux pleurs et après, à la danse jusqu au petit matin.
Très tôt le matin après avoir pris un petit déjeuner copieux. Elles prennent place pour la phase finale du scénario. Le moment tant attendu arrive. celui de l'arrivée du corbillard.
Et c'est reparti. on entend des pleuirs à peine audibles. L'apparition d'un véhicule noir attire l'attention de nos pleureuses.
C'est le corbillard.
Les pleurs et les cris se font de plus en plus vifs. Coups de tête au mur par-ci, acrobaties par là. Elles se jèttent dans les escaliers ou du haut des tables et chaises.
Des camisoles s'envolent en lambeaux.
Splash!!! Des soutien-gorges très serrés lachent prise sous la pression mammaire.
Des paires de seins délicatement lubrifiées par un mélange onctieux de sueur et de larmes hypocrites s'en échappent, tandis qu'une brise impudique vient soulever les pans de ces quelques pagnes juste tenus à la taille par un bout de corde(Kéyiwa), pour laissé entrevoir: pantalon; pantacourt, culotte, slip, voire... string.
Et le soleil d'un regard indiscret met à jour, jambes ou cuisses dont les prix varient entre 25 et 50 ans.
Spectacle triste ou pittoresque?
Disons tout simplement tristement pittoresque.
Les hommes avec une pudeur qui ne peut laisser indifférent, se cachent les yeux avec les mains en prenant soin de laisser un espace entre les doigts.( Il faut bien que quelqu'un l'explique aux générations à venir).
Elles pleurent à chaudes larmes, appellent le mort, le suplient.
<<Gnihan béyi ho, dagou hi, mi ba yé, éhé n'dé tchè'>>
Certaines feignent de se jeter sur des véhiculent en pleine circulation pour exprimer une douleur sans nom pendant que d'autres s'accrochent au corps.
<<non ne t'en vas pas. ne nous abandonne pas. qui s'occupera de ta mère. ne lui fais pas ça.>>
Un autre groupe de femmes et d'hommes les retiennent :<<laissez le corps partir. Il est grand temps que sont âme repose en paix>>
Des pardons fusent de partout:<<yaki, sabari, yako>>
Pendant que des larmes de douleur giclent de la foule.
ça y est. Elles ont atteint leur but final. faire pleurer la foule, le jour même de l'enterrement.
On glisse le corps tout doucement dans le corbillard et le cortège se dirige vers le cimetière soutenu toujours par les pleurs de nos chères pleureuses, en fond sonore.
Quel professionnalisme!!??
Scénario 10/10
Costumes10/10
les pleureuses ivoiriennes 20/10
Chapeau! mesdames. Il n 'y a vraiment pas de sous métiers
Leur salaire? ne me posez surtout pas la question: secret professionnel.
If time is money, tears are also money.
0 bientôt pour d'autres facettes de ma culture que j'aime tellement.
Repères : afrique, funérailles, pleureuses
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