Le grand salon africain de critiques et débats constructifs.

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ABIDJAN, 26 juin 2009 (IRIN) - Le bébé est mort 12 jours après sa naissance, sur une terrasse délabrée au dessus du marché d’Adjamé à Abidjan, la capitale économique de la Côte d’Ivoire. La mère, Aminata*, est à peine âgée de 15 ans. Elle ne sait pas qui est le père. Aminata échange ses faveurs contre de l’argent – pour pouvoir manger, dit elle.


Aminata fait partie des nombreuses jeunes filles – dont certaines n’ont que 10 ans, selon une organisation non-gouvernementale (ONG) locale – qui vendent leur corps sur le marché d’Adjamé, localement connu sous le surnom ‘Biêlôgô’; en Dioula, lôgô signifie marché et biê désigne les organes génitaux féminins.

« Parfois, le corps des bébés qui meurent dans ces circonstances finissent dans les poubelles », a dit Irié Bi Tra Clément, fondateur de l’ONG locale Cavoequiva, ce qui signifie « Unissons-nous » en Gouro.

Les membres de Cavoequiva, basée dans le quartier d'Adjamé à Abidjan, ont rencontré et interrogé des centaines d’enfants des rues et de jeunes. M. Irié a raconté à IRIN qu’une fille avait récemment raconté qu’un client l’avait si violemment frappée, quand elle avait refusé une relation sexuelle anale, qu’il lui avait brisé la mâchoire. Le fondateur de l’ONG a souligné que la plupart des filles avaient déclaré devoir donner une partie de leur revenu à des « managers ».

En cette après-midi du 19 juin, la petite fille d’Aminata, âgée de huit jours, tousse, enroulée dans des pagnes posés sur un sol en béton. Près d’elle jouent les jumeaux d’une autre adolescente travailleuse du sexe.

Aminata dit qu’elle et son bébé sont mouillés quand la pluie s’infiltre dans l’échoppe du marché dans laquelle elles dorment. Quand elle en parle, elle commence à pleurer. « Je pleure parce que j’ai ce bébé, elle est malade et je n’ai pas les moyens de l’aider ».

Aminata ne sait plus vraiment depuis quand elle vit du commerce du sexe, mais elle dit qu’au moins quatre jours de l’An sont passés depuis qu’elle a commencé. Elle raconte qu’une femme de son village, dans le nord du pays, est venue voir ses parents et leur a dit qu’elle aiderait Aminata à faire du petit commerce.

« Je suis venue et j’ai commencé à vendre sur le marché, mais la femme pour laquelle je travaillais se plaignait tous les jours parce que je ne faisais pas assez d’argent. Alors j’ai commencé à travailler comme porteur dans le marché. Elle disait toujours que je ne rapportais pas assez d’argent. Elle me maltraitait et ne me payait jamais pour mon travail. C’est pour ça que je suis partie ».

Elle a rejoint d’autres jeunes qui vivaient dans la rue. « J’ai commencé à ‘faire des passes’ parce que je n’avais rien, ni nulle part où aller. Je demandais 500 ou 1 000 francs CFA [un à deux dollars] ».

M. Irié, de Cavoequiva, a souligné que de nombreuses jeunes filles avaient déclaré avoir été violées avant de commencer à échanger des relations sexuelles contre de l’argent.

Ce fut le cas de Djeneba*, qui raconte que la femme pour laquelle elle travaillait lui a demandé à plusieurs reprises de se mettre à vendre son corps.

« Elle m’a dit de le faire ; j’ai refusé », a dit Djeneba à IRIN. « Elle m’a redemandé de le faire ; j’ai refusé. Alors une nuit, cinq jeunes m’ont violée sous la menace d’un couteau ».

Djeneba, dont les yeux marrons sont encadrés par de grands faux cils bleus, a ajouté : « Quand mes blessures ont cicatrisé, j’ai commencé ».

Pourquoi a-t-elle commencé ? « Je n’avais pas d’argent ».

Quand on lui demande si elle veut continuer à faire ce travail, Djeneba laisse échapper un « Nooooon » guttural. « Si j’avais de l’argent, je ne ferais pas ça ».

Djeneba et ses amies ont reconnu qu’elles n’utilisaient qu’occasionnellement des préservatifs. Dans un film réalisé par Cavoequiva, des filles parlent des drogues qu’elles prennent avant de se préparer pour le travail, la nuit.

Après la mort de son bébé, le 23 juin, Aminata – malade depuis l’accouchement - a consulté un médecin grâce à l’aide de Cavoequiva.

M. Irié a expliqué qu’avec ses collègues, il cherchait à faire rentrer Aminata dans sa famille. « Elle a accepté à contrecœur », a-t-il dit. « Au début elle ne voulait pas, disant que son village natal était trop pauvre et qu’elle voulait rester à Abidjan. Mais finalement elle a accepté ».

L’équipe de Cavoequiva accompagnera Aminata dans son village, a-t-il dit.

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5 Commentaires

Comoé Rodrigue Commentaire par Comoé Rodrigue le 4 Juillet 2009 à 9 52
Je dis un grand merci à Christelle pour nous avoir éclairer sur ce phénomène. Je tire mon chapeau à l'ONG CAVOEQUIVA pour les actions qu'elle mène dans ce milieu et l'encourage parce que cette lutte est de taille. Je me réserve de tout critique en l'encontre des ces jeunes filles qui s'adonnent à cette pratique. Un contact je fais l'argent est la base de cette pratique. La pauvreté est à l'origine de cette prostitution juvénile. Je prie Dieu pour qu’un jour nous arrivions à sortir de cette pauvreté qui nous cause tant de problèmes.
SOURA Solo Commentaire par SOURA Solo le 3 Juillet 2009 à 16 56
salut. je ne sais pas si je pourai avoir seulement le courage d'écrire un tel article. c'est humiliant d'abord, ensuite revoltant mais enfin pathétique! cette femme sans coeur qui amène un HUMAIN pour vendre, ces hommes (animaux) qui abusent cet HUMAIN. c'est là que le caractère animal de l'Homme se manifeste. merci christelle lakik qui en parle, et aussi à M Irié et son ONG !!!! vous, vous êtes des HUMAINS. ceux qui passent dans ces " Bièlôgô "et repartent heureux sont moins que mon chien chez moi. il faut que chacun sache qu'il a en lui un caractère HUMAIN qu'il se doit de faire valoir. si non c'est nous on va rentrer dans la brousse et les animaux dans les maisons (sociétés).
babin danielle Commentaire par babin danielle le 1 Juillet 2009 à 19 53
Je salue le travail de terrain et l'expression effective de la solidarité africaine à travers ce témoignage combien émouvant. Les filles d'Afrique ne m"ritent pas un tel délaissement. Plus que jamais chacun de nous, doit ouvrir sa maison, partager un peu de son necessaire avec son prochain, ainsi seulement nous viendrons à bout de ce phénomène humiliant qu'est la prostitution de nos enfants et soeurs. Il est désormais établi que la prostitution est intimement liée à la drogue, la violence et le crime. Elle détruit l'homme dans son âme, c'est pourquoi elle nécessite un engagement de la part de chacun d'entre nous, à quelques sphère où nous nous situons. Sachant que les petits ruisseaux font des grandes rivières, alors unissons nos forces.
Arsène DALLY Commentaire par Arsène DALLY le 1 Juillet 2009 à 15 49
no comment!
joseph WATTARA Commentaire par joseph WATTARA le 1 Juillet 2009 à 10 44
Il faut saluer l'action de cette ONG qui oeuvre pour le respect de la dignité humaine. C'est triste de voir comment la morale et le respect des valeurs humaines ont foutus le camp dans la société humaine. " Bièlôgô " ce marché existe en effet, et sans honte on prononce ce vocable comme un simple mot, on y envoie nos enfants et pire ont y prélève des taxes. Autorités et populations sommes tous coupables de ce commerce du sexe. C'est très grave lorsqu'il s'agit de personnes qui grandissent sans connaitre les joie de la jeunesse parce que leurs parents et leurs gouvernants sont irresponsables.
Pour mettre un terme à de telles pratiques, il faut en amont investir dans l'éducation et la formation des citoyens, donner aux familles de meilleurs conditions de vie à travers une véritable politique sociale qui prendrait en compte l'intérêt des populations sans exclusion. Et là je pense à une répartition équitable des richesses du pays à l'ensemble de ses habitants. En aval, il faut doter les ONG de moyens pouvant leur permettre de réussir leurs missions. Cette dernière solution me semble beaucoup plus réalisable en raison du fait que les autorités politiques sont préoccupées aux calculs politiciens.

Bravo à l'ONG CAVOEQUIVA et merci CHRISTELLE pour cet article.

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